Jul 022015
 

La théorie d’origine de Monts d’Altaï (Asie Centrale)

Copyright: Robert Maculewicz

Cette théorie est apparue au début du XXème siècle et plus précisément après 1923. Elle est attribuée à Monsieur William Clifton Dodd, un missionnaire américain, qui a vécu en Thaïlande pendant 32 ans.

Né à Marion dans l’état d’Iowa aux Etats-Unis d’Amérique en 1857. Il termine le Lycée Parsons en 1883 puis le Séminaire Théologique McCormick en 1886. Il arrive à Chiang Mai au nord de la Thaïlande la même année afin de s’occuper de la Mission d’évangélisation au Laos. En 1891 il établit la Mission à Lamphun. La première mission en dehors de la Thaïlande est créée au Laos en 1904 suivi par celle de Kengtung en Myanmar (anciennement Birmanie). Il retourne à Chiang Rai en Thaïlande en 1907. Il effectue quelques voyages dans le sud-est de la Chine donnant lieu aux journaux de voyage. En 1917 il crée la Mission à Chiangrung (Kiulungkiang) à Yunnan en Chine. Mort à Chiangrung le 18 Octobre 1919.

Son ouvrage « The Tai Race : Elder Brother of the Chinese » a été édité pour la première fois en 1923 par son épouse.

J’ai trouvé dans son livre trois passages se référant au mot Altaïque.

La Chine a reçu son langage (modifié depuis) et les éléments de l’art, des sciences et des institutions, des colonies des familles fenno-altaïques Bactres[1] qui sont venus de l’Asie occidentale aux alentours de vingt-troisième siècle avant JC, sous la conduite des hommes de haute culture, connaissance, en provenance de leurs voisins élamites[2], avec la civilisation qui émane de Babylonie et qui a été modifiée dans un deuxième temps.[3]

Ce premier passage, qui est lui-même une citation de Terrien de Lacouperie dans « Cradle of the Shan Race »[4], n’indique que l’origine de la civilisation chinoise.

Une deuxième utilisation du mot Altaïque concerne un bloc de différentes citations de Terrien de Lacouperie et parle de la population indigène de la Chine dont les Tai primitifs ou Shans.

L’influence de la civilisation avancée et le mélange des premiers immigrants fenno-altaïques chinois avec les populations indigènes de la Chine de plusieurs états (dont les Tai primitifs ou Shans, ne étaient pas les moins importants) ne se limitent pas à la zone de leur le pouvoir politique. Ce mélange en profondeur, qui a produit le type physique chinois et la langue particulière …[5]

Cette courte citation de Terrien de Lacouperie donne à M. Dodd lieu de supposer que la race Lao est originaire de Monts d’Altaï.

La dernière utilisation du mot Altaïque concerne la composition ethnique de la race chinoise des Hans.

…les Chinois d’aujourd’hui… possèdent non seulement beaucoup de sang Tai dans leurs veines, mais aussi le sang des Lolos et d’autres tribus Jung; sang des Yang, ou Karens, et d’autres tribus Tek; et même le sang de… Miao et Yao et d’autres tribus de la grande famille Môn-Khmer[6]: tous ceux au sud; et des représentants plus modernes de vieux altaïques et fenniques arrivant en renouvellement constant par le nord, par les Mongols et d’autres appelés «Touraniens».[7]

Ce dernier constat indique le positionnement des différentes races au sud de la Chine et l’arrivée des races altaïques par le nord de la Chine.

Monsieur Dodd, dans toute la partie de son premier chapitre « Les annales d’une ancienne race », reste entièrement basé sur les hypothèses d’origine de la race Lao de Terrien de Lacouperie et les cite en permanence. Bien évidemment, pour lui il s’agit de la race Tai, le nom « corrigé de Lao comme cela devrait être ».

Ce peuple est une seule race, dès à présent appelée Tai.[8]

Il consacre toute une partie du document à la race Ai-Lao mais il la résume rapidement en race Tai comme dans l’exemple de la citation du Colonel Gerini.

Mais leur nom raciale était Lao ou Ai-Lao, pour lesquels ils ont vite substitués le titre – pas le nom – de Tai. Le Lao était dans leur langue, que j’ai découvert, probablement leur mot original pour «homme» ou, «personne» … [9]

Pour la citation de Terrien de Lacouperie concernant la présence des Ai-Lao dans les provinces de Anhui et de Jiangxi jusqu’au Xème siècle il ne se concentre que sur la durée de présence et ne fait pas de commentaire sur la dernière partie.

Ils n’ont pas été délogés de leurs sièges avant le Xème siècle de notre ère, quand ils ont été conduits dans Hunan, ouest de Guangxi et Guizhou. Beaucoup d’entre eux ont émigré complétement de la Chine à cette époque, mais ils sont encore largement représentés par le Tu-jen[10], Tschung-Kia (Chung-chia)[11], et d’autres tribus de Guangxi et Guizhou de nos jours, parlant dialectes ressemblant beaucoup au Siamois, dont ils sont sans aucun doute les frères aînés.[12]

Son livre n’apporte rien de neuf par rapport aux origines de la race Tai supposés par Terrien de Lacouperie. Aucune évidence supplémentaire n’est présentée dans son ouvrage. La seule différence frappante par rapport aux autres ouvrages classiques qui traitent l’origine d’une race est le style de langage utilisé dans les conclusions de M. Dodd suivant chaque citation de Terrien de Lacouperie. Ce langage représente une idéologie nationaliste utilisée dans le but d’exalter une nation et une race sous toutes ses formes, par opposition aux autres nations et races. Les raisons d’utilisation de ce langage ne me sont pas connues. Je suppose cependant, après la lecture du dernier chapitre « Conclusion », que le souhait d’évangélisation de vingt millions de personnes faisant partie de la race Tai entière de l’époque est la cause d’utilisation de langage nationaliste dans son livre.

La deuxième édition du livre a été faite à Bangkok en Thaïlande par White Lotus Co Ltd en Février 1997.

La théorie d’origine de la race Lao de Monts d’Altaï a été reprise dans des nombreux ouvrages traitant de l’histoire du Royaume de Thaïlande et du Laos. La seule chose qui change est le nom de la race, soit la race Lao soit la race Tai, en fonction de l’auteur. Le contenu qui suit reste inchangé.[13]

Références:

[1] Le mot original Bak n’existe plus dans le dictionnaire actuel. La Bactriane ou Bactrie est une région à cheval sur les États actuels d’Afghanistan, du Tadjikistan, et de l’Ouzbékistan, située entre les montagnes de l’Hindū-Kūsh et la rivière Amou-Daria. C’est un État fondé autour de la cité de Bactres qui a été sa capitale administrative et centre du pouvoir, d’où elle tire aussi son appellation de la “Bactriane”.

[2] Le mot original Susiens – La Susiane est une région proche de la Mésopotamie du sud, géographiquement et culturellement. Elle fait partie de l’ancienne civilisation élamite.

[3] (Dodd, 1923, p. 1) (Colquhoun A. R., 1885, p. xxix)

[4] (Lacouperie, 1885)

[5] (Dodd, 1923, p. 2) (Colquhoun A. R., 1885, p. 329) (Lacuperie, The Oldest book of the Chinese: The YH-KING and its authors, 1892, p. 22 Note 4)

[6] La famille linguistique Môn-Khmer est appelée également Austro-Asiatique

[7] (Dodd, 1923, p. 3) (Colquhoun A. R., 1885, p. 329)

[8] (Dodd, 1923, pp. Avant-propos, v)

[9] (Dodd, 1923, p. 7)

[10] Le nom actuel Zhuang http://fr.wikipedia.org/wiki/Zhuang_%28ethnie%29

[11] http://en.wikipedia.org/wiki/Bouyei_people

[12] (Dodd, 1923, pp. 14-15)

[13] (Viravong, 1964) (Manich, 1967)

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